Stéphanie :
J'étais mineure, âgée d'à peu près 14-15 ans quand j'ai compris que ma propre famille était toxique. C'est en posant des questions à mes ami(e)s sur leurs vies de famille, leurs rapports enfant-parent, que je me suis rendue compte que c'était différent avec la mienne.
J'ai réussi à ériger un mur entre eux et moi, pour me protéger sans réellement m'en rendre compte, et j'ai plongé dans les livres, Oui LA LECTURE !!!!! m'a littéralement sauvé .... Souvent punie dans ma chambre, je lisais tout ce qui me passait par la main, abonnée à la bibliothèque de mon quartier, j'étais devenue une dévoreuse. Les livres m'ont permis de faire la seule chose que je ne pouvais physiquement pas faire : m'évader, m'envoler, rêver, gouter a une certaine liberté.
Aujourd'hui adulte, les livres ne m'ont jamais quitté, ils m'ont aidé de la plus belle des manières.
De l'ombre à la ligne d'arrivée : Comment la course à pied m'a sauvée après une relation toxique.
Plus de 18 mois, c'est le temps qu'il a fallu à un homme manipulateur pour éteindre ma lumière. Quand il est parti, le réveil a été brutal. A près de 50 ans, je me suis retrouvée face a un vide immense, avec le sentiment d'être une moins que rien, de rater ma vie sentimentale à chaque fois, comment avais-je pu me faire abuser et rouler, une fois encore à ce point ? Choc total.
Pendant près de 5 semaines, j'ai tenté de faire bonne figure, de tenir le coup mais les nuits, les enfants couchés, le masque tombait. Je pensais pleurer en silence, dissimuler ma peine jusqu'a cette nuit :
Une nuit, ma fille m'a rejointe. C' est la que j'ai compris que mes larmes discrètes étaient en réalités des cris de douleur. Ce soir-là apaisée par sa présence, son inquiétude, son amour, quelque chose à basculer en moi. Le lendemain, j'ai regardé ma fille, elle avait 11 ans, et je lui ai dit : " c'est bon, tu ne verras plus jamais maman pleurer pour un type comme ca." C'était une promesse, le point de départ de ma reconstruction.
Relever la tête : L'effet salvateur du collectif.
Pour tenir cette promesse, il fallait que je me reprenne en main, j'ai commencé par remanger normalement, mes enfants me soutenaient fermement, ma très grande fille était présente par messages et appels quasiment tout les jours, j'avais aussi la chance d'avoir ma meilleure amie à mes côtés et j'ai poussé la porte d'un club d'athlétisme. Et là, j'ai trouvé bien plus qu'un sport : j'ai trouvé " une famille, des ami(e)s". Un groupe bienveillant m' a accueillie, entre les soutiens sur le terrain, les sourires partagés ainsi que la sueur !!! l'énergie de notre groupe WhatsApp, j'ai été intégré instantanément. Aujourd'hui, bouger mes fesses et m'entraîner chaque mardi avec eux est devenu un rituel attendu et non négociable.
Apprivoiser le vide et se lancer des défis.
Le plus dur restait à gérer les weekends ou je n' avais pas les enfants. Pour éviter ce pièges du manque, de la solitude, de la boulimie devant Netflix, j'ai décidé de me lancer des micro-défis. Mon remède : Un dossard, une course, du dénivelé, mini-trail....Je tourne aujourd'hui au rythme d'une cours par mois et quel bonheur ! Sentiment incroyable.... Certes je passe la ligne d'arrivée dans les dernières mais je la passe avec un putain de sourire de dingue.
Mon mur de médailles : Ma reconstruction, Mon mur.
Alors oui, lendemain de course, je suis une petite vieille pleine d'arthrose et de difficultés à avancer mais qu'est ce que je ris de moi-même, mais en regardant ce mur, oui j'en ai chié, mais surtout je vois ma victoire sur le passé, mes cicatrices s'estompent au fur et à mesure. J'ai trouvé ma propre formule magique : Un objectif = du bonheur = dépassement de soi = le sourire de mes enfants " fiers de leur maman ".
On peut tomber à n'importe quel âge, mais on peut se relever, courir, et retrouver son bonheur et sa liberté.
Quelques exemples de témoignages, tirés du livre : " La manipulation affective dans le couple " faire face à un pervers narcissique
de Pascale Chapaux-Morelli et Pascal Couderc édition Albin Michel
" Je me demandais souvent pourquoi je m'acharnais à rester avec lui, alors que je me rendais bien compte que je n'étais pas du tout épanouie, mais plutôt rabougrie, diminuée par cette relation. J'avais un minimum de lucidité, en somme, raconte Jeanne, un sourire amer aux lèvres.
Le jour où il m' a reproché de ne pas travailler, de vivre à ses crochets, ne pas avoir eu le courage ( il a dit exactement : " tu n'as pas eu le cran ") de continuer mes études alors que c'était lui qui m'avait poussée à les abandonner, je me suis dit qu'il avait raison, mais que je m'étais fait avoir".
Voici une partie du dialogue entre Jeanne et le thérapeute lors d'une séance :
" Quand je lui ai dis que j'allais reprendre mes études, il est entré dans une rage noire. Je lui ai répondu..
_ Vous dites " répondre ", comme on dit " répondre à ses parents " ... vous n'êtes plus une petite fille..
_ C'est vrai. Mais j'ai toujours eu avec lui cette relation de soumission.. en tout cas, quand je lui ai dis ça et qu'il a vu que j'étais bien décidée à ne pas l'écouter, cette fois, il m'a attrapée par le bras ... Il me l'a cassé.
_ Vous disiez qu'il ne vous avez jamais battue..
_ Il ne m'a pas battue.
_ Il vous a cassé le bras..
_ Oui
" Il ne supportait ni les pleurs ni les soucis. J'assumais tout. Evidemment, en cas de problème : les reproches....
Il m'a ordonné de quitter mon travail, ce que j'ai fait. En dehors de notre foyer, mon mari une personne totalement différente. Il était président d'une association. On l'admirait : Pour les autres, il dépensait sans compter. Notre couple était cité en exemple. Des amis nous demandaient conseil parce qu'autour de nous ; nombreux étaient les divorces.
" Je devais sauver mes enfants tant qu'il me restait des forces."
" Quand il a senti que je lui résistais, quand j'ai commencé à vouloir m'affirmer, à refuser certaines pratiques sexuelles, à revoir mes amies et à sortir avec elles, il a resserré l'étau. Il me donnait des tas de choses à faire pour lui ou la maison : Des courses etc... Il me donnait beaucoup d'ordres. Il répétait sans arrêt que j'étais égoïste, il a commencé à le dire devant les autres.